Une myriade de films ont débarqué dans les salles obscures ces dernières semaines. On vous aide à faire le tri pour votre prochaine sortie ciné dominicale. Coup de projecteur sur trois longs-métrages diamétralement différents.

A Hidden Life, le retour de Terrence Malick

Après une trilogie expérimentale, éthérée et ésotérique des plus oubliables (les insondables To The Wonder, Knight of Cups et Song to Song) dans laquelle le réalisateur Terrence Malick s’auto-pastichait sans ménagement quitte à devenir une caricature de lui-même, ce dernier revient enfin à une pellicule plus accessible, plus linéaire, plus narrative aussi. Car, contrairement à ses derniers films, il y a bien un sujet central ici. En retraçant un moment clef de la vie de l’objecteur de conscience Franz Jägerstätter, on suit l’indicible chemin de croix d’un agriculteur autrichien attaché à ses racines, sa famille et ses principes. Un pacifiste qui, nonobstant les affres de la Seconde Guerre mondiale, n’a jamais tourné le dos à ses convictions profondes. Une position radicale qui le conduira derrière les barreaux nazis.

Difficile de rester insensible à la splendeur plastique d’une œuvre aussi esthétique. A ce propos, il faut noter l’éclatant travail réalisé par le chef opérateur Jörg Widmer qui a tourné un maximum en lumière naturelle, ce qui donne des plans d’une grâce absolue. Pas de quoi tomber dans le syndrome de Stendhal mais suffisamment beau que pour l’épingler. Cela émis, la mise en scène emphatique et redondante de Malick lasse, et ce d’autant plus qu’il y a un cruel manque de propos pour tenir la distance. C’est d’ailleurs le principal problème de ce cinéaste perfectionniste : il adore se regarder filmer (surtout les plans en steadycam, son joujou favori !). Questionner l’amour, la foi, le doute, la vertu, l’idéal à travers les images, c’est très bien. Mais pourquoi diable nous les infliger durant trois heures ? A réserver aux thuriféraires du cinéma malickien.

Les Traducteurs, l’europudding signé Régis Roinsard

Claquemurés dans un château sans aucun contact possible avec le monde extérieur, neuf traducteurs venus des quatre coins du globe sont réunis dans une pièce pour traduire le dernier tome d’un des plus grands succès littéraires du moment. Une mesure exceptionnelle organisée par l’éditeur pour contrer le piratage informatique. Mais lorsque les dix premières pages du roman parviennent à fuiter sur la toile et qu’un hacker menace de dévoiler la suite des aventures si on ne lui verse pas une rançon que d’aucuns qualifieraient de « rondelette », une  question obsédante se pose sur toutes les lèvres : d’où vient la fuite ?

Huit ans après le réjouissant « Populaire », romcom de plutôt bonne facture, Régis Roinsard retourne derrière la caméra pour un nouveau long-métrage. Changement de registre cette fois-ci, le Normand s’attaque au thriller filandreux. Devant l’objectif, un casting international quatre étoiles dans lequel on reconnaît les Français Lambert Wilson, Frédéric Chau et Sara Giraudeau mais aussi l’Italien Riccardo Scamarcio, l’Ukrainienne Olga Kurylenko, la Danoise Sidse Babett Knudsen, l’Anglais Alex Lawther ou encore l’Espagnol Eduardo Noriega. Si le pitch est alléchant, l’exécution, elle, ne nous a pas convaincus. La faute à un scénario abscons et à des personnages grossièrement esquissés qui débitent péniblement des dialogues surécrits.

Jojo Rabbit avec un surprenant Adolf Hitler

En voilà une proposition cinématographique originale et gouleyante sur le nazisme ! L’inénarrable Taika Waititi (Thor : Ragnarok, What We Do in the Shadows) met en boîte une comédie satirique colorée, loufoque et punchy sur la jeunesse hitlérienne. Adapté du best-seller « Le ciel en cage » de la Belgo-Néo-Zélandaise Christine Leunens, le film suit les péripéties de Jojo, un garçonnet allemand tellement endoctriné qu’il a fait du Führer son ami imaginaire. Si tout allait bien jusque-là, sa vision du monde est quelque peu mise à l’épreuve quand notre fanatique découvre que sa maman chérie cache une jeune fille juive dans leur grenier. Et Jojo le héros de devoir faire face à son nationalisme aveugle.

Casting truculent, gags visuels désopilants, humour de situation tordant, dialogues décapants, running gags hilarants, le Néo-Zélandais s’en donne à cœur joie et met nos zygomatiques à rude épreuve pour notre plus grand plaisir. C’est que le cinéaste, à la fois scénariste et réalisateur, n’a pas son pareil pour tourner en dérision des situations dramatiques. Les comédiens s’amusent et cela se voit à l’écran. Scarlett Johansson, Sam Rockwell, Rebel Wilson, Stephen Merchant ou encore Taika Waititi himself (en Adolf Hitler) se délectent de leurs personnages hauts en couleur. Cela émis, et nonobstant quelques réjouissantes ruptures de ton, la greffe ne prend pas toujours entre le drame et la pantalonnade. Peut-être parce que le metteur en scène place le curseur tellement loin dans la farce qu’on a parfois du mal à prendre tout cela très au sérieux. La charge émotionnelle étant diluée dans une succession de scènes parodiques. Mais pas de quoi bouder son plaisir. Ruez-vous dans les salles obscures !

Thibaut Van der Noot

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